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Découvrir le mystère des cités mayas
Mission archéologique au Salvador
Par Frédéric Belley

Quand il est question du continent centroaméricain, nombreux sont ceux qui rêvent aux aventures d’Esteban à la recherche des Cités d’or chez les Mayas. Si ce continent a suscité la convoitise des Espagnols à la recherche de métaux précieux, il est aujourd’hui le berceau d’un patrimoine archéologique extraordinaire.

 
Février 2007
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Il y a quelques mois, nous avons mis sur pied une mission de recherche archéologique et historique dans la province de La Libertad, au nord‑ouest de la République d’El Salvador. Nous voulions étudier certaines causes de l’effondrement de la cité maya dans la zone de San Andrés et les caractéristiques des communautés d’habitants qui vivaient là-bas. Vers le premier siècle de notre ère, les Mayas ont érigé de vastes cités dont les vestiges parsèment les montagnes entre l’océan Pacifique et l’océan Atlantique, sur le territoire qui comprend aujourd’hui le Salvador, le Honduras et le Guatemala. Mais la présence d’êtres humains dans cette zone est fort ancienne : on estime qu’entre le XVIe siècle avant J.-C. et le Xe siècle de notre ère, d’importantes populations d’êtres humains ont vécu dans cette région et y ont développé des civilisations dont la complexité et l’originalité stupéfient les chercheurs d’aujourd’hui.

Une pyramide moyenne bâtie sur l’acropole
Crédit photos : Frédéric Belley

LA CONQUÊTE ESPAGNOLE
Au début du XVIe siècle, les Espagnols ont conquis le territoire de Cuscatlan1, non sans essuyer une résistance farouche des habitants. Ce territoire immense, où est situé le site archéologique San Andrés, était peuplé par des habitants d’origine maya et azteca. Selon des témoignages historiques de l’époque, les Espagnols avaient espéré y trouver de l’or et d’autres métaux précieux, mais ils n’ont trouvé qu’une terre propice à l’agriculture et des structures pyramidales.

« Être sur ce site, c’est être en contact avec
une société profondément mystique. »

Vestige d’une habitation typique de paysan à Joya de Céren.
Crédit photos : Frédéric Belley

L’histoire raconte que si les Espagnols étaient déçus de ne trouver que des structures et des centres cérémoniels (voir l’encadré), ils auraient par contre été stupéfaits de découvrir des populations humaines qui avaient développé une société complexe de manière autonome, car ils pensaient jusqu’alors envahir un territoire inhabité. Pourtant, cette population indigène a eu une longue histoire avant l’arrivée des Européens en Amérique centrale, avant de s’effondrer pour des raisons qui nous sont encore mal connues. C’est d’ailleurs ce que relate le film Apocalypto de Mel Gibson.

L’ATTRAIT DE LA CITÉ DE SAN ANDRÉS

Vue d’ensemble du site archéologique San Andrés.
Crédit photos : Frédéric Belley

Notre équipe a pour mandat de tenter d’expliquer les causes de l’effondrement de la civilisation maya sur ce territoire. Pour ce faire, il nous faut analyser les vestiges que les habitants de cette société ont laissés à la postérité. L’analyse de ces vestiges nous permettra ensuite de reconstituer en partie les caractéristiques de la société maya.

Avant nous, le site de San Andrés avait été excavé en partie par des spécialistes. Nous découvrons sur le site les vestiges d’un centre cérémoniel, d’une citadelle, d’une place publique où se déroulaient les cérémonies religieuses ainsi que des fondations des habitations des prêtres, des astronomes et des aristocrates. Être sur ce site, c’est être en contact avec une société profondément mystique. On y trouve également une grande pyramide d’une dizaine d’étages, qui n’a jamais été excavée. Quant aux habitants, ils résidaient à Joya de Céren, une autre cité en banlieue de San Andrés habitée principalement par des paysans à l’époque.

Vue d’ensemble du site archéologique San Andrés.
Crédit photos : Frédéric Belley

UNE ACTIVITÉ VOLCANIQUE INTENSE

Grâce à la collaboration de professionnels du pays, nous avons appris que l’effondrement de la cité de San Andrés – Joya de Céren aurait été causé par une éruption volcanique de forte amplitude. En effet, le territoire du Salvador a connu une première série d’éruptions volcaniques, la première au sixième siècle de notre ère, et la seconde vers le Xe siècle. Les éruptions volcaniques auraient détruit les récoltes et forcé les survivants à migrer vers des endroits plus cléments. D’ailleurs, nous avons trouvé de la lave noire séchée, des blocs et de la cendre d’origine volcanique dans les champs du site. Ces éruptions expliqueraient l’ensevelissement complet du site San Andrés – Joya de Céren.

« L’analyse des vestiges reflète à quel point la présence des êtres humains en Amérique est plus ancienne qu’on le pense. »

La grande pyramide de dix étages de San Andrés, non excavée.
Crédit photos : Frédéric Belley

L’analyse des vestiges reflète à quel point la présence des êtres humains en Amérique est plus ancienne qu’on le pense. Plus l’analyse des objets trouvés sur le terrain est approfondie, plus on doit repousser l’ancienneté du genre humain sur notre continent. À prime d’abord, on peut se demander comment des civilisations se sont développées sans avoir de contact avec les populations africaines ou européennes. Des scientifiques ont déjà découvert des objets vieux d’environ 30 000 ans avant J.-C. Or, qui étaient les habitants des lieux? D’où venaient-ils? Encore beaucoup de questions restent sans réponse, et c’est ce qui rend passionnant le travail des américanistes2. Nous poursuivons donc avec acharnement des recherches archéologiques sur ces lieux fascinants dans le but d’y découvrir les trésors d’une civilisation mystérieuse et d’en expliquer les origines si nébuleuses.

À QUOI RESSEMBLE UNE JOURNÉE TYPE SUR UN SITE?

Il n’y a pas de journée type. L’œuvre de recherche anime constamment toutes les personnes qui participent aux recherches archéologiques sur le site. Nous devons toujours faire face à des imprévus qui peuvent modifier à tout moment les résultats de nos recherches. Si le travail d’un américaniste exige de la rigueur et beaucoup de minutie, il n’est aucunement routinier!

 

STRUCTURES

En archéologie précolombienne, on utilise le terme « structures » pour désigner les vestiges architecturaux sur les sites. À San Andrés, on trouve actuellement sept structures qui sont reconnues par les autorités.

1) une pyramide bâtie sur une acropole.
2, 3 et 4) trois monticules (pyramidons). Une des structures n’a pas encore été excavée.
5) une grande pyramide bâtie sur une plateforme (non excavée).
6) un petit monticule (non excavé).
7) une plateforme qui servait à recevoir des offrandes, recouverte de matériaux d’origine volcanique (non excavée).

Le site de San Andrés est constitué d’une acropole, d’une grande place publique destinée à recevoir les événements de la communauté, d’une citadelle et des habitations des membres du clergé et de l’aristocratie.

 

QU’EST-CE QUE LE PROJET SAN ANDRÉS?

Mené par l’historien et américaniste Frédéric Belley, le projet San Andrés est un projet de recherche scientifique et archéologique créé pour étudier les causes de l’effondrement de la civilisation maya au Salvador. Ce projet a été lancé en 2004.

Pour de plus amples renseignements sur le projet San Andrés : irsh2000@hotmail.com.

Pour des photos du Salvador et du site San Andrés : www.ecomayantours.com

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