Du monarque au scarabée, éventail d’un passionné
Entrevue avec Georges Brossard, entomologiste
Par Julie Boisvert
Discuter avec Georges Brossard, c’est recevoir une bonne dose d’adrénaline et de motivation. Entomologiste, humaniste, environnementaliste et un brin utopiste, il soulève les foules dans ses conférences grâce à son enthousiasme contagieux. Entrevue avec un fou des insectes et de la vie.
N’impressionne pas Georges Brossard qui veut. On pourrait croire qu’un homme qui a visité 141 pays et capturé près de 600 000 insectes est blasé. Au contraire. Après près de 30 ans de carrière en entomologie, Georges Brossard s’inquiète plutôt du temps qui fuit. À 66 ans, le fondateur de l’Insectarium est plus passionné que jamais. « Il me reste tellement à découvrir, à comprendre, à contempler, à attraper et à expliquer. Les gens me voient comme un collectionneur, mais je me considère davantage comme un éthologiste; j’étudie le comportement animal dans son milieu naturel. C’est fascinant ! »
Gare à ceux qui s’aventurent à prononcer devant lui le mot « bibitte », car Georges Brossard a horreur de ce terme. Un peu de respect pour ces êtres vivants ! D’ailleurs, après avoir contribué à bâtir l’Insectarium de Montréal, il a pour objectif d’ouvrir 50 autres insectariums dans le monde, pour sensibiliser le public à l’entomologie et briser les tabous entourant le monde des insectes. Sous sa gouverne, quatre musées ont déjà été mis sur pied ailleurs au Canada, en Chine, en Afrique du Sud et aux États-Unis. « Je suis scientifique, mais pas à outrance. J’aime le monde et mon but est de démystifier l’entomologie. Je suis un vulgarisateur », précise-t-il.
« 90 % des enfants qui naissent ont des pesticides dans leur urine. Je ne suis pas défaitiste, mais y faut qu’on embraye le plus rapidement possible, calvaire ! »
Ayant abandonné sa fructueuse carrière de notaire pour se consacrer à sa passion des insectes, Georges Brossard vit une « retraite » en or. Il partage son temps entre les voyages et les conférences qu’il donne un peu partout au Québec à titre d’entomologiste et de motivateur. « J’ai gagné mon argent jusqu’à 38 ans. Je considère que j’ai reçu beaucoup. Alors aujourd’hui, j’offre de mon temps. Je fais des conférences et j’ai du fun ! »
Georges Brossard est un amoureux de la vie. Il la contemple, la savoure et la respecte. « Dans mes conférences, lorsque je parle à des jeunes, je leur dis à quel point c’est beau la vie, à quel point c’est grand et unique », s’exclame-t-il. Bien entendu, quand il aborde ce sujet, il fait référence à la vie de tous les êtres vivants, y compris les insectes. « 95 % de tout ce qui vit sur la Terre sont des insectes. Il existe 160 000 espèces de papillons et on en découvre 3 000 par année ! Et chacune de ces espèces se multiplie en millions d’espèces. C’est ça qui est fantastique ! La vie a la capacité phénoménale de se reproduire et de s’adapter à l’environnement. »
Son émerveillement pour les insectes dépasse leur valeur esthétique. Pour lui, ils sont un exemple de comportement à suivre, et les humains devraient fortement s’en inspirer. « Un insecte seul, c’est peut-être bête, mais tous ensemble, ils sont très intelligents. Ils protègent leur environnement, recyclent et font tout pour sauvegarder leur vie. Je pense que les humains auraient intérêt à prendre quelques leçons », constate Georges Brossard.
« J’ai gagné mon argent jusqu’à 38 ans. Je considère que j’ai reçu beaucoup. Alors aujourd’hui, j’offre de mon temps. Je fais des conférences et j’ai du fun ! »
Car Georges Brossard est inquiet. Malgré son enthousiasme naturel, le ton devient plus grave lorsqu’il parle de l’état actuel de la planète sur le plan de l’environnement. « Vos enfants vont hériter d’une richesse écologique déficitaire. Pendant 6 000 ans, l’homme a bénéficié des ressources naturelles et les a transmises à la génération qui suit. En 60 ans, on en a exploité plus qu’en 6 000 ans ! Il est aussi prouvé que 90 % des enfants qui naissent ont des pesticides dans leur urine. C’est épouvantable. Je ne suis pas défaitiste, mais y faut qu’on embraye le plus rapidement possible, calvaire ! »
La colère, Georges Brossard la ressent aussi face à Kyoto : il ne comprend pas pourquoi certains pays – comme le nôtre – contestent encore aujourd’hui le protocole. Mais il avoue que l’urgence d’agir dépasse les instances gouvernementales et concerne chacun de nous. Selon lui, les solutions se trouvent dans la participation de tous les citoyens : « Les gens doivent donner bénévolement du temps pour l’environnement, on n’a pas le choix. Y’a pas un gouvernement qui a assez d’argent pour payer tout ça. Et on devrait aussi mettre en valeur les connaissances des gens du troisième âge, pour pouvoir les transmettre aux prochaines générations. En Chine, on accorde beaucoup d’importance à la vieillesse, parce qu’elle est un symbole de sagesse et de savoir. Pourquoi est-ce le contraire ici ? On bâtit une société tellement éphémère », constate-t-il tristement.
« Un insecte seul, c’est peut-être bête, mais tous ensemble, ils sont très intelligents. Ils protègent leur environnement, recyclent et font tout pour sauvegarder leur vie. Je pense que les humains auraient intérêt à prendre quelques leçons »
Loin de tirer sa révérence, Georges Brossard a au contraire de l’énergie à revendre. Il brasse la cage des endormis avec son franc-parler et tente d’éveiller les consciences au moyen de ce qu’il connaît et qui le fascine : les insectes. À l’image de la fourmi, il démontre que chacun de nous, à force de volonté et de détermination, est capable de soulever des montagnes. Georges Brossard fait partie de ceux qui font du bien à l’âme.
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SUR LE VIF
Questions-réponses à Georges Brossard
Quel est l’insecte qui vous fascine le plus ?
Le monarque. C’est le plus beau papillon au monde.
Combien d’espèces d’insectes répertorie-t-on au Québec ?
Il y a 35 000 insectes au Québec. Et je les ai tous…
Quelle est votre prochaine destination de voyage ?
Je m’en vais en Argentine. Mon but est de m’éloigner du froid, car j’haïs l’hiver ! Sur place, je me mets à la recherche de spécimens que je n’ai pas encore attrapés.
Comment fait-on pour capturer un insecte venimeux ?
Les gens pensent qu’il y a plein d’insectes dangereux. En réalité, il y a seulement 1 % des insectes qui sont mortels. Le pire insecte au monde, c’est le maringouin, car il véhicule un paquet de maladies. Et ce que tu ne crains pas ne t’arrive pas ! |
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